Conflit Iran : pourquoi le détroit d'Ormuz fait trembler les prix à la pompe

— À chaque poussée de fièvre entre Téhéran, Israël et Washington, le même réflexe : le Brent grimpe, et une à deux semaines plus tard, les prix en station suivent. Explication d'un mécanisme qui pèse sur chaque plein, même en France.

Le détroit d'Ormuz, goulot d'étranglement du pétrole mondial

Le détroit d'Ormuz, entre l'Iran au nord et Oman et les Émirats au sud, est le point de passage le plus fréquenté du monde pour le pétrole : environ 20 millions de barils par jour, soit près d'un cinquième de la consommation mondiale de pétrole liquide, y transite vers l'Asie et l'Europe, selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA). Une grande partie des exportations d'Arabie saoudite, d'Irak, des Émirats, du Koweït — et bien sûr d'Iran — emprunte ce couloir large de 30 à 60 km seulement dans les chenaux de navigation.

Quand un conflit menace ce passage — attaques de navires, saisies de tankers, missiles — les assureurs, les armateurs et les traders revoient immédiatement leurs calculs. Or aucune capacité de substitution n'existe à cette échelle : les oléoducs de contournement saoudiens et émiratis ne couvrent qu'une fraction des volumes.

La prime de risque géopolitique : ce que vous payez sans le voir

Le prix du Brent n'est pas seulement le reflet de l'offre et de la demande physiques : il intègre une prime de risque, c'est-à-dire la probabilité estimée par les marchés qu'une interruption d'approvisionnement survienne. Lors des pics de tension autour d'Ormuz en 2019, puis lors des escalades de 2024 et 2025, cette prime a ajouté de quelques dollars à une dizaine de dollars par baril en quelques séances — avant de se résorber quand la diplomatie reprenait la main.

Traduit à la pompe, un baril 10 $ plus cher représente environ 3 à 4 centimes par litre après taxes et conversion, avec un décalage de quelques jours à deux semaines. Notre page tendance des prix montre régulièrement ce mécanisme : la moyenne nationale bouge d'abord à la hausse dans les enseignes de réseau, puis dans l'ensemble du marché.

Quels scénarios pour les prix en station ?

Trois scénarios structurent l'analyse :

Le diesel européen, première victime collatérale

La France et l'Europe restent importatrices nettes de carburants raffinés, et le diesel concentre la tension : une partie des volumes provient de raffineries du Golfe ou d'Asie dont les cargaisons passent par Ormuz ou par la mer Rouge. Un conflit iranien frappe donc d'abord le prix du gazole à la pompe, avant même que le brut ne manque. Le SP95 et le SP98 suivent, dans une moindre mesure, via les cours de l'essence sur le marché de Rotterdam.

Comment se protéger, à son échelle

Impossible d'influencer le Brent — mais on peut éviter de payer le pic :

Ce qu'il faut surveiller

Trois indicateurs résument la situation : le niveau des primes d'assurance de guerre pour les navires traversant le Golfe, l'écart entre le Brent et le WTI (indice de stress logistique), et les déclarations de l'OPEP+ sur ses volumes. Nous les suivons dans nos actualités et sur la page prix du gazole, actualisée plusieurs fois par jour.

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Sources & crédits

Article analytique à visée pédagogique. Les fourchettes d'impact citées sont des ordres de grandeur historiques, pas des prévisions. Pour les valeurs du jour, consultez la tendance des prix.